Montréal en Bourgogne, Yonne

Montréal, en Bourgogne

Je reviendrai…

Un temps appelée Mont-Serein, sans grand enthousiasme, Montréal reçut le coup de grâce en 1804 en perdant son titre de chef-lieu. Elle pourrait être l’Un des Plus Beaux Villages de France, sans rougir, mais il semble régner en ces lieux une certaine préservation de la qualité de vie…

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Deux cents habitants à tout casser et mille ans d’histoire à parcourir . Tout un programme. Bienvenue dans la Bourgogne médiévale à Montréal ! La Bourgogne des places fortes, des remparts, des seigneuries, des guerres, des rois, du passage plus ou moins heureux des révolutionnaires et de l’Empire qui rebat toutes les cartes.

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Montréal se situe sur une butte, où se trouvaient la collégiale et le château. Outre la poterne, qui permet le passage des piétons, le village était donc séparé entre ses faubourgs, premiers pillés en cas d’invasion, sa porte basse …et sa porte haute inattendue.

La puissante famille des Anséric scellera le destin de ce « mont royal », tant dans son ascension fulgurante au XIe siècle que dans son déclin inéluctable. Comment faire court de l’an mil à nos jours ? Tentons. Anséric est une famille vassale des puissants ducs de Bourgogne. Originaire de Champagne, le premier Anséric s’installe donc dans cette cité, pillée par les Normands. Jouant des coudes entre ducs de Bourgogne, comtes de Champagne et puissantes alliances avec les maisons de Montbard, de Courtenay, de Thil entre autres, Anséric III devient sénéchal dans la deuxième partie du XIIe siècle dès son retour de croisade. Son fils, Anséric IV, tombera à Saint-Jean-D’Acre en 1191.

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Jusque-là concentrée sur des missions charitables et affairée au développement économique de la cité, la famille dévisse sur le septième du nom. En 1255, Saint Louis siffle la fin de partie en ordonnant à Hugues IV, duc de Bourgogne, d’enfermer Anséric VII à Châtel-Gérard, l’ancien château des Anséric. Ruiné, ce triste représentant de la lignée ne cesse de spolier les biens de l’église et assassine même un chanoine. Anséric IV a hissé l’un de ses fils au rang d’évêque de Langres en 1219 et moins de cinquante ans plus tard, en 1255, le roi retire ses titres et ses biens au dernier représentant de cette puissante famille.

Montréal en Bourgogne, Yonne

Pour la petite histoire, il demeure un représentant des Anséric, via une branche distincte appartenant à Anséric III : celle des Beauvoir-Chastellux, qui possède toujours le château de Chastellux (les amateurs de travées de cimetière comprendront ici l’incise).

Située à la frontière du royaume de France et du duché de Bourgogne, Montréal souffre terriblement de la Guerre de Cent ans. Edouard III revendiquant la couronne de France, la cité essuie ses foudres sur le chemin du retour de son échec dans la prise de Reims. Au gré des conflits, la ville change de mains, entre les Armagnacs, les Bourguignons, les Ecorcheurs et le Royaume de France. Lasse de ces divisions, Montréal perd la moitié de sa population du fait des guerres, de la peste et des famines successives.

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Lorsque François Ier passe par là, en 1521, le bourg est beaucoup plus apaisé, car son intégration au Royaume de France l’a retiré de facto du centre de gravité des conflits. François est généreux avec la ville et ses habitants, confirmant l’affranchissement de la population et prodiguant de nombreux dons. Montréal devient l’une des rares cités royalistes de Bourgogne et Henri IV récompense d’un marquisat François de la Magdelaine, fidèle à la couronne. Pourtant, le roi la démilitarise en 1599. Au XVIIe siècle, Montréal devient une bourgade viticole et agricole ayant perdu son lustre.

Montréal en Bourgogne, Yonne

A la Révolution, il est décidé que ce bourg encore important, de près de 600 âmes, méritait bien la désignation en qualité de chef-lieu de canton. Il est vrai que la collégiale compte dix chanoines. La collégiale Notre-Dame de Montréal, fidèle à l’histoire « médiane » de la cité de caractère, est la parfaite transition entre le roman et le gothique. Remarquée par Eugène Viollet-Leduc, la restauration de ce pieux engagement d’Anséric III est un véritable succès.

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En effet, en 1146, Bernard de Clairvaux vient à Vézelay prêcher la croisade et Anséric III, volontaire, promet d’ériger une église près de son château s’il revient vivant de Terre Sainte. A quoi tient une après-midi estivale de tourisme bourguignon, me direz-vous?!

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Bizarrement, il faut attendre la nomination du curé de la paroisse en qualité de chanoine pour que la collégiale devienne également le lieu de culte de la paroisse (l’église était déportée dans un autre village et difficile d’accès). Rapidement, il est question de pèlerinages, y compris en provenance d’Avallon pourtant distante de douze kilomètres, et les registres conservent la trace d’une dernière procession de onze paroisses en 1709, consécutive à un rigoureux hiver catastrophique dans la région.

Parmi les stalles sculptées grâce aux dons de François Ier, voici une page d’humour des sculpteurs qui se sont représentés eux-mêmes en bons Bourguignons qu’ils étaient :

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Marie et Joseph au Temple présentant Jésus au vieillard Syméon :

L’adoration des mages, vu de dos et de face.

Les personnages au lutrin :

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Les deux lions:

Montréal, en Bourgogne
Montréal, en Bourgogne

La dîme supprimée par les Révolutionnaires, la collégiale est classée bien National et échappe à la déchristianisation, en raison de la fidélité de ses paroissiens perpétuant le culte catholique.

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal, en Bourgogne
Montréal, en Bourgogne

Viollet-Leduc contribue largement à la restauration de certaines dégradations commises par les révolutionnaires avant que l’Empire ne transforme à nouveau les temples républicains. Les améliorations s’enchaînent jusqu’à la pose d’un chauffage par le sol en 2007. Au chapitre pierres tombales et vieilleries remarquables, les plus importantes d’entre elles sont exposées au mur et les autres….vous marchez dessus puisqu’elles ont été utilisées comme dalles.

Montréal, en Bourgogne
Montréal, en Bourgogne

Ah! Si vous cherchez les cloches. Certes, vous trouverez celle-ci, mais les autres se situent au sommet de la porte d’en-haut. Sur instruction de Viollet-Leduc, elles ont été ôtées du clocher de la collégiale, car le vent violent soufflant en haut de la colline fragilisait beaucoup trop les structures.

Détail des fleurs du portail en plein cintre ou « l’art bourguignon fleuri » :

Montréal en Bourgogne, Yonne

Anséric aurait ramené avec lui les arts orientaux, d’où l’évocation entourant les portes qui ont conservé les ferrures du XIIe s. Le tympan devait comporter un bas-relief révolutionnaire avec la mention : « le peuple français reconnaît l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme ».

Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne
Montréal en Bourgogne, Yonne

Difficile de ne pas en convenir: cette collégiale mérite le détour.

Montréal en Bourgogne, Yonne
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Traversant les âges, l’attachement des paroissiens à leur collégiale persiste même contre vents et marées 🙂

Montréal, en Bourgogne
Montréal, en Bourgogne

Montréal en Bourgogne, département de l’Yonne.

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