Maison de Châteauneuf-en-Auxois

Châteauneuf-en-Auxois

Médiévale et aristocratique

Plus beau village de France, niché en Côte-d’Or, dans le canton d’Arnay-le-Duc, pas très loin du lac du Panthier, ce joli bourg nous plonge dans les derniers vestiges de l’architecture militaire bourguignonne du XIVe siècle.

Nous nous trouvons sur un éperon rocheux, planté sur la route qui mène de Dijon à Autun, à la fois stratégiquement militaire et un brin romantique pour l’aristocratie qui ne boudera guère son plaisir de vivre dans ce village fortifié, dont le donjon du XIIe siècle a survécu à la Guerre de Cent ans.

Maison de Châteauneuf-en-Auxois

Au XVIIe siècle de riches marchands se sont installés à l’abri de la forteresse, et leurs logis témoignent encore de ce passé. Plus récemment, Claude Lelouch y tournera, en 1985, des scènes de Partir, revenir, alors que les archives régionales seront stockées au château dès 1939 par crainte des pillages ennemis.

Maison de Châteauneuf-en-Auxois
Maison de Châteauneuf-en-Auxois

Un village, un château, une chapelle.

Un village avec des maisons comprenant une tourelle, architecture bourguignonne défensive typique des siècles guerriers.

Ne manquez pas l’hôtel des Mépartistes, témoignant de la présence du mépart, une communauté de prêtes installée dans le bourg en 1494.

Ou bien encore la maison Bichot, dont le blason de 1588 -datant la maison- associant une biche et un os, des « armoiries parlantes », figure en haut de la porte de la maison de cette famille anoblie en 1629

Revenons sur ces maisons avec tourelle, typiques de l’extrême fin du Moyen-Âge où l’idée de la fortification est toujours présente quand bien même la Renaissance annonce une révolution dans l’habitat urbain.

La Maison au Mouton nous transporte dans l’habitat du XVIe siècle, une demeure bourgeoise au décor sculpté de style Renaissance avec trois fenêtres reliées par un fronton ciselé. Le cadran solaire datant de 1588 représente…un mouton. Voilà! Vous l’avez trouvé.

Sans oublier l’échoppe du potier d’étain, construite au XVe siècle;les deux fenêtres vitrine ayant sans doute été ajoutées aux XVIe et XVIIe siècle.

Echoppe du potier d'étain de Châteauneuf-en-Auxois
Echoppe du potier d’étain de Châteauneuf-en-Auxois

Quand elles ne sont pas bourgeoises ou défensives à tourelle (la tour servant le plus souvent d’escalier de distribution ou de pigeonnier), la maison des villageois est étroite.

L’église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques est mentionnée au début du XIVe siècle, mais l’édifice actuel a été érigé à la fin du XVe siècle par Philippe Pot, personnage important de la cour des ducs de Bourgogne, ayant également largement contribué à la construction du château. Il est fait référence ici à Saint-Jacques le Majeur dont les reliques se trouvent à Saint-Jacques de Compostelle.

Architecture gothique classique pour l’époque avec une nef à vaisseau unique, flanquée de deux chapelles. L’une au nord, Chapelle seigneuriale de Saint-Joseph et l’autre, au sud, en dévotion à la Vierge. La foudre qui s’est abattue sur le clocher à la fin du XVIIIe et des restaurations successives entreprises par la suite fixent l’origine des peintures à la fin du XIXe siècle.

Les amateurs d’épitaphes et d’histoire napoléonienne seront ravis puisque outre les tombes de riches marchands et autres bienfaiteurs, vous trouverez à l’extérieur de l’édifice la sépulture de la famille du Général Blondeau, Baron de l’Empire, ayant participé à la Bataille de Rivoli, épilogue du siège de Mantoue dont le tableau, tout à la gloire du futur Empereur, est visible au château de Versailles. Deux maisons voisinent ainsi avec la dernière tombe visible du cimetière exigu de Châteauneuf-en-Auxois.

Pour l’anecdote, si vous suivez ce blog de temps à autre, le trait noir et large entourant les douze croix de la Consécration n’est autre qu’une litre funéraire, sorte de « crêpe noire » qu’arbore l’intérieur de l’église en hommage à un défunt seigneur. Le droit de litre était une prérogative accordée par l’Eglise aux gens de noblesse dès 1215. Les armoiries du seigneur étaient également peintes sur la litre qui demeurait en place pour une période de deuil d’un an.

Eglise de Châteauneuf-en-Auxois
Eglise de Châteauneuf-en-Auxois

Entrons dans l’enceinte du château, non sans avoir admiré son imposante stature et ses fortifications. S’il est construit sur un éperon rocheux situé à 475 mètres d’altitude décourageant ainsi les assaillants, aucun des villageois ne peut oublier sa présence quel que soit l’endroit où il se situe. En 2008, l’Etat a cédé la propriété au Conseil régional de Bourgogne.

Soixante-quinze mètres de long sur trente-cinq mètres de large, voici les mensurations de ce château-fort gardant l’extrémité du pays d’Auxois. En 1132, Jean de Chaudenay construit la bâtisse dont il ne reste aujourd’hui que le donjon.

Le château de Châteauneuf-en-Auxois

Sur fond de Guerre de Cent ans, les seigneurs érigent ensuite une forteresse autour de ce donjon qui abritera neuf générations, jusqu’à la mort de Catherine de Châteauneuf, brûlée vive pour avoir empoisonné son mari, au sens propre. Un peu de douceur et je vous livre la suite;

C’est en 1457 que le chevalier de la Toison d’Or, Philippe Pot hérite de la forteresse grâce à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. La demeure est alors tournée vers le confort et l’apparat qui prévaut à cette époque à la cour des ducs de Bourgogne. En 1481, une chapelle dédiée à Notre-Dame est consacrée

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Pour les amateurs de plan et de 3D, voici :

A la mort de Philippe Pot, en 1493, sans descendance, le château revient à son frère, puis par le jeu d’alliances subtiles à Marie Liesse de Luxembourg qui fait la passe à Charles de Vienne, comte de Commarin, à l’occasion de son entrée au couvent. S’ensuivent cent-cinquante ans de tranquillité jusqu’à la cession, par Louis-Henri de Vienne, en 1767, à un riche banquier. Vous noterez comme moi qu’il est assez rare que les pauvres banquiers soient mentionnés dans l’Histoire de France.

Charles Suisse, architecte reconnu en Côte-d’Or pour avoir créé la flèche de la cathédrale Sainte-Bénigne de Dijon et également architecte en chef des monuments historiques du département de l’Ariège, viendra rénover l’édifice à la demande de son nouveau propriétaire, le comte George de Vogüe, issu d’une vieille famille du Vivarais en Ardèche, qui se séparera de l’affaire au profit de l’Etat en 1936 et vous connaissez la suite.

Le château de Châteauneuf-en-Auxois
Le château de Châteauneuf-en-Auxois

A l’intérieur du logis, je vous invite à être attentif aux sols parfaitement restaurés. Avoir le nez en l’air et les yeux au sol, tout en portant un masque et en se frictionnant les mains au gel hydroalcoolique relève de l’exploit, je vous le concède.

La Grande salle a été aménagée par Philippe Pot afin d’y organiser l’apparat et les grandes réunions solennelles. Elle dispose de quelques éléments mobiliers remarquables.

Le château de Châteauneuf-en-Auxois
Le château de Châteauneuf-en-Auxois

En face de cette grande salle , dans une tour, la famille de Vienne transforme une petite pièce en salle à manger avec une superbe vue sur la cour intérieure, si toutefois on ouvre toutes les portes intérieures, et sur le jardin.

L’Appartement du XVe (siècle) représente l’appartement type tel qu’il est souhaité par les seigneurs de l’époque avec une cloison à galandages divisant l’espace en trois. Une chambre tout d’abord.

Une partie salle-de-bain ou plus exactement un lieu d’aisance à évacuation immédiate en ce qui concerne le pot. Pour la partie bains, la planche permet le service de différents mets en cours de trempage.

A toutes fins utiles, je précise que le puits se trouve côté cour, bien entendu…

Le château de Châteauneuf-en-Auxois

Un dressing vient compléter l’ensemble SPA et suite monoparentale;il est actuellement orné de tapisseries provenant de l’hôtel de Vogüe à Dijon illustrant la vie de Moïse d’après une inspiration flamande des années 1600.

La Chambre de Vienne est installée dans la tour carrée du premier niveau. Il s’agit de l’une des parties les plus anciennes de la demeure. L’occasion de saluer Charles Ier et Marguerite de Vienne, femme avenante au divin portrait.

Au passage, vous croiserez un lit à la polonaise dans la Petite chambre. A cette époque, un lit n’est jamais petit puisque on dort en position assise !

Et bien évidemment, point de chambre, sans antichambre !

Si le temps est de la partie, vous sentirez de suite que Philippe Pot n’a pas aménagé ce château pour la guerre, même en regardant par le petit bout de la lorgnette.

Près de la coursive percée en vue de la construction d’un pont-levis, la collectivité a installé une partie plus interactive avec force écrans tactiles qu’il est aujourd’hui interdit de toucher pour cause de virus, craint du XIIe siècle à nos jours. Un intérêt remarquable pour la charpente et le reste je vous laisse en juge, car je n’ai pas pu tester.

L’un des plus beaux villages de France et cela n’est pas usurpé !

Châteauneuf-en-Auxois, bourg, église et château, en Côte-d’Or, région Bourgogne-Franche-Comté

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