Château de Maulnes à Cruzy-le-Châtel (Yonne)

Le château de Maulnes

En devenir…

Ou l’histoire d’un sauvetage mené par le Conseil départemental de l’Yonne qui décide de restaurer ce château pentagonal en 1997. Comme pour tous les châteaux peu habités, il convient de se projeter afin d’imaginer ce que cette demeure a pu représenter en 1573.

La star de ce monument érigé en moins de huit ans par Louise de Clermont, comtesse de Tonnerre, en souvenir de la motte de Maulnes rasée en 1414, c’est incontestablement l’escalier. Ce dernier s’enroule autour de l’un des trois puits renvoyant au puits de lumière créé pour l’occasion. A chaque niveau, il est possible de puiser.

Si La Reine Margot passe par là en 1993, sous les traits de la fiction cinématographique de Patrice Chéreau, l’architecte témoin de la Renaissance pose davantage de soucis de traçabilité. La proximité du château d’Ancy-le-Franc pousse les historiens à retenir, puis écarter régulièrement, Sebastiano Serlio, disparu douze ans avant la construction du pavillon. Le mystère reste entier et, dans les années 2000, on évoque le nom d’un architecte français connu pour ses « charpentes à petit bois », Philibert Delorme.

Ainsi, pente douce et grande corniche permettaient-elles de transformer les combles en chambres supplémentaires, dans la pure tradition italienne.

La présence d’une cheminée dans les combles ne surprend donc pas. Toutefois, ce sont près de vingt et une cheminées qui chauffent le logis situé sur le plateau de Maulnes, frappé par les vents et les hivers rudes en Bourgogne.

Le bain et l’étuve du château allient les trois éléments que nous venons de décrire. En effet, l’eau nécessaire aux bains était puisée directement dans le puits via l’escalier central et chauffée grâce à deux cheminées présentes dans la salle. Le troisième niveau comprend d’autres salles de bain ou de massage ou de repos constituant le parcours du baigneur.

Le couple ducal, formé par Louise de Clermont et Antoine de Crussol, duc d’Uzès, semble avoir souhaité un certain niveau de confort pour ce pavillon de chasse qui, à tous points de vue, se mérite.

Ce château n’a connu qu’un mois de vie active, peu avant la Saint-Barthélémy. La comtesse s’éloigne alors à Paris tandis que le duc défend la Rochelle et y perd la vie en 1573. Dès 1575, même si deux hommes de confiance veillent sur la bâtisse, on peut considérer que Louise abandonne le château. Elle décède à l’Hôtel-Dieu, créé par Marguerite de Bourgogne à Tonnerre, en mai 1596, sans laisser d’héritier. Après quelques travaux intermédiaires menés par Roger de Clermont, le château tombe dans l’escarcelle des Louvois. Louis-François Le Tellier prend possession du domaine et le transforme en verrerie, plus rentable que le flottage de bois, jusqu’à la mort de François Vallory qui, ruiné, a dû fermer boutique. Nous sommes en 1844 et jusqu’en 1997, le château tombe en ruine, car seules les terres intéressent les investisseurs. Les amateurs de graffitis en tous genres, prétendument historiques ou pas, seront donc comblés !

Dans ces conditions, le moindre plafond restauré devient remarquable et les caissons apparaissent magnifiquement dessinés et les sols parfaitement entretenus, quand ils existent.

Et une mention particulière pour la Chambre et Garde-robe d’Antoine, dont le pendant existe pareillement pour Louise, même s’il vous faut faire preuve d’imagination, car en l’absence de meuble, seul l’état de la maçonnerie intérieure et la prouesse architecturale de concevoir des angles dans les pièces alors que le château est pentagonal vous sauteront aux yeux.

Au niveau I, les celliers constituent le garde manger du pavillon avec de nombreuses salles de stockage permettant d’affronter les hivers bourguignons (de l’époque).

Une fois encore, le château de Maulnes pousse à la rêverie, car si le pigeonnier est aisément détectable, il n’en va pas de soi pour l’entrée principale ou l’escalier de service qui mène aux chambres du personnel.

Pas de concept de piscine couverte à l’époque, et pourtant que dire de ce nymphée aux trois sources, coulant à l’intérieur et à l’extérieur du château de Maulnes ? Restauré en 2012, le nymphée extérieur s’ouvre sur un théâtre, point de départ de la visite commentée et du futur parc qui, comme pour son voisin d’Ancy-le-Franc, promet une jolie vue sur les environs.

Le château de Maulnes, vue depuis le jardin
Le château de Maulnes, vue depuis le jardin

Il reste énormément de travail à accomplir pour rendre au monument le lustre de départ et sa vocation première. Cependant, si le visiteur considère que le château de Maulnes était encore une ruine il y a moins de trente ans, il mesure alors le chemin parcouru. Et ce chemin est tout tracé pour les améliorations à venir…

Le château de Maulnes, vue depuis le jardin
Le château de Maulnes, vue depuis le jardin

Le château de Maulnes, 89740 Cruzy-le-Châtel

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