Château d'Ancy-le-Franc

Le château d’Ancy-le-Franc

Le Palais de la Renaissance Italienne en Bourgogne

En 1550, le château d’Ancy-le-Franc, palais Renaissance en forme de quadrilatère parfait, dénote sur les terres des Ducs de Bourgogne. De par sa richesse en peintures murales de la seconde moitié du XVIe s. et du XVIIe s., réalisées par de grands artistes italiens de l’École de Fontainebleau, il est très souvent comparé au château de Fontainebleau.

Construit à partir de 1541, et en moins de dix ans, pour le Comte Antoine III de Clermont, beau-frère de Diane de Poitiers, le château d’Ancy-le-Franc, c’est d’abord l’histoire d’une famille, les Clermont-Tonnerre.

Château d'Ancy-le-Franc armoiries des Clermont-Tonnerre
Château d’Ancy-le-Franc armoiries des Clermont-Tonnerre

Une histoire un peu rocambolesque, puisqu’ils résidèrent au château jusqu’en 1683, puis le cédèrent…pour le racheter en 1844 et le remettre, en 1981, à une société, la SAS Paris Investir qui contribuera largement au renouveau du lieu. De François qui participa au siège de la Rochelle à Gaspard qui tint l’épée de Charlemagne lors du sacre de Louis XVI, en qualité de doyen des maréchaux (il mourut à 93 ans), l’histoire des Clermont-Tonnerre est intimement liée au palais.

D’ailleurs, l’ancien pont-levis, érigé au XIIe s., qui accueille les visiteurs est orné du monogramme de Charles-Henri de Clermont-Tonnerre, CHCT, à qui l’on doit l’installation de six ursulines à Tonnerre en 1628.

La parenthèse 1683-1844 est toute aussi intéressante, car elle débute par l’acquisition du château, disposant encore de parties féodales, par le Marquis de Louvois, ministre d’État de Louis XIV, bien décidé à transformer l’endroit en petit Versailles personnel.

Situé dans le pavillon nord-ouest, le Salon Louvois est à l’origine la chambre du Roi et il évoque plus particulièrement le Marquis qui accompagna Louis XIV lors de sa visite du château. Avec de somptueux caissons au plafond, la finition à la feuille d’or commémore le Roi-Soleil qui dormit dans cette chambre le 21 juin 1674 à son retour de Franche-Comté. Ce ministre, comptant parmi les plus importants de Louis XIV, reprendra la construction du château de Versailles en 1683 en devenant surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de France, se trouvant « dans le siècle de Louis XIV », comme l’indiquera Voltaire.

Au sol, on admire le plus beau parquet du château qui reprend, en effet miroir, les dessins du plafond. Réalisé en 1824, il se compose d’un ensemble impressionnant de loupe d’orme, d’acajou de Cuba, de citronnier, de châtaigner, de noyer et de chêne.

Château d'Ancy-le-Franc le Salon Louvois
Château d’Ancy-le-Franc le Salon Louvois

La transformation en salon remonte à 1824 et honore la visite royale, mais célèbre davantage la reprise du château par les Clermont-Tonnerre, en 1844, d’où la présence du portrait de Charles de Clermont, marquis de Montoison, qui rachètera ce bien somme toute « familial » aux Louvois.

Château d'Ancy-le-Franc le Salon Louvois
Château d’Ancy-le-Franc le Salon Louvois

Le mobilier de style Restauration a été entièrement conçu pour les Louvois et le décor rappelle la destination de cette pièce comme étant un salon de musique à la base. Au mur, le monogramme L pour Louvois entrelacé avec le S de Anne de Souvré son épouse et le T pour François-Michel le Tellier, premier marquis de Louvois.

Sans oublier l’emblème des Louvois, un loup qui voit un autre loup, et la devise signifiant « Mieux vaut rompre que plier », « MELIUS FRANGI QUAM FLECTI » pour les puristes !

Grâce au Marquis de Louvois, il est presque possible de croire qu’il existe une vie après la mort. Victime d’un infarctus à Versailles en 1691, le Roi autorise l’inhumation sous le dôme de la Chapelle Royale des Invalides, qu’il avait contribué à ériger. L’édifice n’étant pas encore achevé, on place le corps dans l’église Saint-Louis-des-Invalides; son cœur est transféré aux Capucines à Paris. Finalement, sept ans plus tard, à minuit, le corps est transporté sur ordre du Roi à l’église des Capucines qui occupait une partie de la rue de la Paix, vers la place Vendôme (place des Conquêtes à l’époque).

Marquis de Louvois par Pierre Mignard
Marquis de Louvois par Pierre Mignard

La Chapelle des Louvois prend forme entre les mains des meilleurs architectes de Versailles et un magnifique tombeau accueille la dépouille du Marquis, mais il sera profané à la Révolution. Le tombeau, intact, sera alors remis au Couvent des Petits-Augustins avant d’être finalement transporté en vue d’être exposé de 1795 à 1816 au Musée des Monuments Français. Rendu à la famille en 1819, soit un siècle après sa mort, le Marquis de Louvois repose désormais à l’Hôtel-Dieu de Tonnerre, dans l’Yonne. 50 ans de vie…et 128 ans de voyage.

Sebastiano Serlio, architecte et sculpteur de la cour de François Ier, considéré comme le grand maître de la Renaissance italienne, va transformer ce château féodal en véritable palais Renaissance. A la fin de sa vie, il se consacrera à la construction de théâtres, mais il n’est pas totalement étranger à l’inspiration de Fontainebleau, puisqu’il sera consulté par le roi et qu’il s’occupa même de la construction, pas très loin de là, de l’hôtel du Grand Ferrare.

Commençons la visite là où elle se termine, c’est-à-dire le pavillon nord-est du rez-de-chaussée : la Chambre de Diane. Allons-y en deux temps. D’abord pour remarquer le travail remarquable de restauration des peintures murales du XVIe s., attribuées à Nicolas de Hoey de l’École de Fontainebleau, achevé en 2013. Il s’agit d’un témoignage unique de la Renaissance italienne en Bourgogne. Vingt-cinq ans après la mort de Diane, cette chambre est un hommage à deux déesses. L’une est la divine chasseresse, tandis que l’autre est humaine mais néanmoins puissante ; il s’agit de la maîtresse d’Henri II, Diane de Poitiers.

La voûte de la chambre est antérieure à l’intervention de Hoey et les peintures sont de 1560.

Château d'Ancy-le-Franc la Chambre de Diane
Château d’Ancy-le-Franc la Chambre de Diane

Dans un second temps, la chambre de Diane consacre la réouverture, en 2014, de l’enfilade des pièces de l’aile nord-est. Salle des archives, cuisine d’été, passage des bains vers l’appartement de Diane : la salle des « Césars ou des empereurs » (antichambre de 1578 remis au goût du jour par Rapahël), la chambre de Diane proprement dite et le cabinet des dieux dans les niches.

Le Patrimoine, ce n’est pas seulement conserver des reliques. Il faut également réparer les erreurs commises par le passé et le véritable saccage de peintures détruites lors de travaux ou de recherches d’autres décorations plus anciennes. Et le château d’Ancy-le-Franc n’a pas été épargné dans l’aile nord-est ! Certes, il faut bien sonder les ouvrages, mais quand même…

C’est la vision consternante, et très pédagogique, de ce que doit être la préservation du Patrimoine de nos jours.

Château d'Ancy-le-Franc
Château d’Ancy-le-Franc

La Salle des Archives et la Salle du Conseil, pièce qui accueille les visiteurs, complètent donc l’enfilade du rez-de-chaussée.

Avant d’emprunter les escaliers vers l’étage Noble, soit les appartements de vie, qu’il faudra bien redescendre en prenant garde de ne pas glisser, une petite respiration en direction du village d’Ancy-le-Franc, et c’est reparti !

Il faut être attentif en visitant le château, car entre trompe-l’œil et vraies boiseries, peintures murales et tableaux, l’attention a tôt fait de se relâcher. La technique est bien connue, mais elle suscite toujours son effet « wahou! »

Et nous voici dans le pavillon sud-ouest où la Chapelle privée, dédiée à Sainte-Cécile, émerveille le visiteur par son atmosphère singulière. Le décor attribué au peintre Meynassier est achevé en 1604. Le petit-fils d’Antoine III de Clermont demanda au peintre bourguignon de représenter Diane de la Marck, mère de Charles-Henri de Clermont-Tonnerre, instigateur du projet. Les boiseries reprennent les pilastres de la Cour d’Honneur et au centre des niches des personnages bibliques sont représentés. L’ensemble sera restauré en 1860.

L’influence flamande de la représentation des drapés, surtout des paysages et des couleurs, n’échappe pas aux visiteurs. Entre deux saints, une porte secrète s’entrouvre et elles sont nombreuses au château ! Pratique pour y faire passer les messages ou d’autres ustensiles?

Admirable plafond en trompe-l’œil et voûte céleste largement inspirée par L’École de Fontainebleau. Les scènes picturales représentent les premiers pères du désert, ermites chrétiens qui vivaient en Égypte et en Palestine. Un balcon, accessible par les combles, permettait aux musiciens de jouer durant les offices.

Château d'Ancy-le-Franc chapelle
Château d’Ancy-le-Franc chapelle

Dans l’aile ouest, la Salle des Gardes ( 20 mètres sur 9 ) est la pièce principale de l’appartement du roi, entièrement redécorée pour la venue du Roi Henri III…qui ne vint jamais ! Superbe damier en marbre au sol et clarté apportée grâce à la vue sur cour et jardin. Style néo-Renaissance pour cette salle de près de 200m2 que le Marquis de Louvois avait transformé en théâtre. Monogramme ACC pour Antoine, Comte de Clermont, commanditaire du château.

Tableau équestre du roi, ultime rappel de ce qui aurait dû être la visite mémorable. En réalité, le futur Henri III, rappelé par sa mère, Catherine de Médicis – sentant l’accession au trône possible -, a fui la Pologne durant la nuit. Passant par Lyon pour la saluer, il était censé passer au château sur le chemin de son couronnement prévu à Reims. Il en restera au moins une jolie pièce, un monogramme en H avec trois I symbolisant le Roi et la devise royale, peinte au-dessus du portrait de Gaspard de Clermont-Tonnerre :

Château d'Ancy-le-Franc salle des Gardes

« la dernière (couronne) m’attend au ciel », soit « Manet ultima coelo » pour les latinistes qui doivent ressentir un pied absolu dans ce palais romain.

En parlant de jardin, voici le tout nouveau parterre du château, aile est, créé par la paysagiste Laure Quoniam en 2017. Quatre tableaux provenant d’un décor (XVIIe) du château, agrandis plus de 100 fois, ont été reproduits pour cette création originale.

Et ces motifs proviennent de la Chambre des Fleurs, appartement créé au XVIIe s. à l’occasion du mariage entre François de Clermont-Tonnerre et Anne-Marie Vignier, en amputant sur la Galerie du Seigneur qui menait jusqu’à la Chapelle se trouvant être l’une des premières galeries consacrés aux hommes illustres en France. Près d’une trentaine de fleurs sont peintes sur les boiseries en 1610 rendant l’ensemble remarquable, mais le Marquis de Louvois a procédé au démontage et ce n’est qu’en 1880 que la salle retrouve son aspect japonisant et printanier. Les croissants de lune visibles sur les tentures en toile de jute posées au-dessus des lambris sont l’emblème du Roi Henri II et la marque d’attachement de sa maîtresse, Diane de Poitiers.

Petit arrêt sur le magnifique plafond qui comporte les initiales entrelacées d’Anne-Marie Vigner épouse de François de Clermont-Tonnerre, AMV lisibles dans les deux sens.

Château d'Ancy-le-Franc la Chambre des Fleurs
Château d’Ancy-le-Franc la Chambre des Fleurs

Sans oublier la vue sur le jardin anglais, la serpentine, la pièce et d’eau et sa «folie» datant du milieu du XVIIIe siècle.

Reprenons le cours normal de nos émotions, et en suite de la Salle des Gardes se trouve la Salle à manger, riche de la vaisselle en porcelaine des Clermont-Tonnerre, qui était en fait l’antichambre du roi, une première en France imaginée par Serlio, transformée sous Louis XVIII et Charles X en salle de repas, ornementée d’un superbe lustre venu des Pays-Bas pesant 250 kilos. Le buste entre les vitrines représente Philibert de Clermont-Tonnerre, dernier duc des Clermont a avoir habité le château, jusqu’en 1940. Sous le chapiteau, le buste de Louis Aimé Gaspard de Clermont-Tonnerre, fidèle du Roi, qui ramènera à la famille le quatrième symbole que vous pouvez voir gravé sur le service de Sèvres dressé sur la table, la couronne ducale. Son fils rachètera le château en 1844.

Avec, toujours sous forme de porte secrète parfaitement intégrée aux boiseries, toutes les commodités d’usage à l’époque… l’expression « petit coin » n’a jamais trouvé meilleure illustration ! D’ailleurs, la Salle à manger ne comporte pas de cheminée, car un système de chauffage central fait son apparition à la fin du XIXe s. et une bouche de chaleur est située au fond de la pièce. Modernité, quand tu nous tiens !

Château d'Ancy-le-Franc salle à manger, cabinet d'aisance
Château d’Ancy-le-Franc salle à manger, cabinet d’aisance

Le Salon des Dauphins ne se rapporte ni à miss France ni à l’Histoire de France non plus, mais il fait état de la région d’origine d’Antoine III de Clermont : le Dauphiné. Quant à la fleur de lys, elle rappelle l’appartenance royale de la famille par la descendance de deux rois capétiens : Louis VI le Gros et Saint Louis.

A noter également un tableau de François de Clermont-Tonnerre, posé au-dessus d’une cheminée construite à la gloire de Louis XIV, en hommage à son réel passage (lui), et une horloge intégrée à la cheminée symbolisant un soleil. C’est François, le bon Comte, qui pressé par ses créanciers, obligea sa famille à céder le château au puissant ministre de la Guerre, le Marquis de Louvois. Finalement, ce dernier vint assez peu sur la fin de sa vie, accaparé par sa charge de surintendant des Bâtiments, obtenue à la mort de Colbert.

Château d'Ancy-le-Franc le salon des Dauphins
Château d’Ancy-le-Franc le salon des Dauphins

Cette évocation se retrouve également dans un autre tableau présent sur le site. Le Lac de Paladru, vu depuis la Tour de Clermont, château érigé au XIIe s. Sur la commune de Chirens, en Isère, il ne subsiste aujourd’hui que le donjon pentagonal. Dès la fin du XIe s. les écrits mentionnent déjà la présence des Clermont en Dauphiné. Même si Hermine de Clermont-Tonnerre, célèbre actrice et people de la famille, descend de cette lignée, il est impossible à L’Omnicurieux de vous confirmer si le « gratin dauphinois » est apparu avant ou après l’enracinement profond des Clermont sur le site.

Château d'Ancy-le-Franc Lac de Paladru vu depuis la Tour des Clermont
Château d’Ancy-le-Franc Lac de Paladru vu depuis la Tour des Clermont

Le Salon Mauve, à l’origine garde-robe royale, comporte une copie XIXe s. d’un cabinet florentin exceptionnel du XVIe s, élaboré dans les ateliers renommés de Milan. Incrustations d’os et d’ivoire pour ce meuble en poirier noirci, à défaut d’ébène beaucoup trop coûteux. Motifs grotesques typiques de la Renaissance, non pas qu’ils soient ridicules, mais se référant tout simplement à Néron dont on découvrit les ruines du palais, le Palais Doré, pour lequel l’impression première faisait penser à une grotte aux décors peints.

Le Salon du Balcon, c’est la loge du Roi donnant sur le jardin à la Française et la fontaine de la Pyramide. Remise au goût du jour pour la visite du Roi Henri III, il fut un salon de musique au XVIIe s. puis une salle de billard au XIXe s. Le billard date de 1823. Dans la grande tradition de Charles X, on y joue avec trois boules et il ne comporte pas de trou. Les peintures murales imitent le décor Renaissance. En position de prière, Chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, Charles-Henri de Clermont-Tonnerre dont le portrait honore ses travaux d’embellissement de la pièce, restera le conseiller d’Henri IV jusqu’à la fin de ses jours. Peints au mur et dans les caissons, le triangle isocèle et le fil à plomb des Francs-Maçons symbolisent l’implication des Clermont-Tonnerre dans cette confrérie.

La Pyramide, fabrique parfaitement orientée en vis-à-vis de la porte d’entrée du château et du Salon du Balcon, a été érigée au XVIIIe s et symbolise, en pleine Egyptomanie, l’être suprême ou le grand architecte, nouveau symbole maçonnique.

La Galerie des Sacrifices représente des scènes antiques en grisaille. Rites sacrificiels d’animaux portés par des hommes et des femmes jusqu’à l’autel où ils seront immolés, reproductions de La Religion des Anciens Romains, livre édité en 1556. Là-encore, c’est un peintre local, Eugène l’Abbé, qui procédera à la restauration des œuvres au XIXe s. A découvrir absolument, un petit cabinet italien du XVIe s., fait de bois de rose, d’écailles de tortue, d’ivoire et d’ébène, représentant un théâtre en trompe-l’œil avec de nombreux tiroirs secrets permettant de glisser quelques mots doux et pourquoi pas quelques poisons…

Cette peinture murale, située à gauche en entrant dans la salle, symbolise le triple sacrifice de l’Empereur Auguste sous les traits d’un mouton, un porc et un taureau.

Château d'Ancy-le-Franc la Galerie des Sacrifices
Château d’Ancy-le-Franc la Galerie des Sacrifices

La Bibliothèque recèle une collection importante de 3 500 ouvrages des XVIIe, XVIIIe et XIXe s. que le Cardinal Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre (XIXe s.) légua à son neveu Gaspard de Clermont-Tonnerre qui décida d’y consacrer cette salle au passé singulier. En 1633, Charles-Henri en avait fait un cabinet à la gloire des Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit, puis elle devint une bibliothèque avant la Révolution, mais tous les livres furent brûlés dans la cour d’Honneur. Le château servant de gendarmerie et de prison durant la Terreur, la famille de Louvois réussit à récupérer le bien après l’exil. Au plafond et sur les murs se trouvent peintes des flèches, symboles pour la divinité de la chasse et de la lune, hommages à Diane de Poitiers. Membre de l’Académie de Besançon, le Cardinal Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre fera l’éloge de la presse écrite dans son discours, en 1779, et proclamera Gutenberg « bienfaiteur de l’humanité ».

Le Cabinet Pastor Fido est le salon favori de Madame de Sévigné lors de ses visites à sa grande amie, Anne de Souvré. C’est le studiolo italien, petit cabinet où la maîtresse de maison reçoit ses proches dans une pièce suffisamment petite pour être correctement chauffée. Madame de Sévigné qualifiera le château d‘in costume italiano, typique de la Renaissance. C’est le peintre dijonais Quantin qui exécutera les œuvres murales, inspirées d’un célèbre poème de l’époque Il Pastor Fido, retraçant les turpitudes amoureuses de trois couples aux sentiments délicats et aux amours contrariés.

La Chambre de Judith fut celle de Françoise de Poitiers ou Françoise de Brézé, fille de Diane de Poitiers. Nous sommes dans le style flamand de l’École de Fontainebleau, mais elle ne la verra jamais en état d’achèvement puisqu’elle meurt en 1552. La cheminée est à l’honneur d’un cadet de la famille des Clermont-Tonnerre et surtout de l’Ordre de Malte dont il fut Grand-Maître jusqu’en 1660. La Chambre devient celle de Judith en hommage à l’Ancien Testament et à cette héroïne qui va sauver sa cité, Bélulie, en séduisant le roi et en lui tranchant la tête un jour de beuverie.

Pour l’anecdote, la toile du peintre flamand Nicolas de Hoey figure Judith sous les traits de Diane de Poitiers et le général assyrien Holopherne devait prendre la forme de François Ier. La mort d’Henri IV, un an plus tôt, semble avoir inspiré le peintre, car la ressemblance est frappante.

Château d'Ancy-le-Franc la Chambre de Judith
Château d’Ancy-le-Franc la Chambre de Judith

Dans cette même pièce, vous croiserez un canapé-lit. En effet, jusqu’au XIXe s., il est d’usage de dormir assis et, pour les plus riches, dans un canapé; le lit et la position allongée étant réservés à la mort.

La Galerie de Médée, en représentation du récit mythologique grec et du départ de Jason et des argonautes à la recherche de la Toison d’or. A l’origine, cette Galerie Madame, qui reliait l’appartement de Madame à celui de monsieur, était côté jardin. La famille Clermont-Tonnerre la transposera fidèlement côté cour en respectant le style grotesque et pompéien des peintures murales. Pavement superbe en composition de mosaïque de marbre italien, les aigles étaient destinés à la Salle des Gardes en l’honneur de la venue du Roi Henri III.

Au plafond, la devise de Diane de Poitiers « Assez sans plus » qui signifie que les hommes ne sont jamais satisfaits et qu’ils n’en ont jamais assez.

Château d'Ancy-le-Franc la Galerie de Médée
Château d’Ancy-le-Franc la Galerie de Médée

La Chambre du Maître, Antoine de Clermont, devint la Chambre des Arts et des sept médaillons représentant les sept arts libéraux : logique, rhétorique, grammaire pour les matières littéraires et musique, astronomie, arithmétique et géométrie pour les matières scientifiques. Puis, on a rajouté un huitième médaillon, celui d’Apollon et des neuf muses, symbole protecteur des artistes dans la tradition gréco-romaine. Un plafond magistral du XVIe s. composé de neuf caissons disposés en damier et la présence de perroquets ainsi qu’un singe, évocation de Catherine de Médicis qui aimait s’entourer de ces animaux.

Impossible de rater la monumentale cheminée et son décor de ruche enflammée, ainsi que son inscription latine « Urit non consumit« , « elle brûle sans se consumer », allusion à l’état du royaume durant les guerres de religions.

Et puis, ça ne mange pas de pain et ça fait toujours plaisir, qu’on attende Louis XIV ou Henri III…

Château d'Ancy-le-Franc la Chambre des Arts
Château d’Ancy-le-Franc la Chambre des Arts

La Galerie de Pharsale recèle les peintures les plus célèbres du château, parfaitement restaurées en 2005 par l’Institut National du Patrimoine. Évoquant l’affrontement entre César et Pompée en 49 avant J.-C., ces peintures au camaïeu ocre de différents tons ont vu la collaboration des élèves de l’atelier de Raphaël pour l’élaboration des pigments. Une fois encore, pour une grande partie, il s’agit d’une œuvre attribuée à l’École de Fontainebleau et, à la fin de cette évocation, la cousinade très proche avec le château de Fontainebleau ne fait plus de doute ! Aucun détail ne vous échappe dans cette évocation.

Et que dire de la Cour d’Honneur qui mérite bien plus qu’une simple œillade circulaire ?

Voici la véritable star du château d’Ancy-le-Franc, le quadrilatère romain dont on adapta la toiture à la rudesse du climat, mais dont la symétrie, l’harmonie, l’équilibre et la rigueur le rendent unique en France. Un mariage réussi franco-italien de verticalité et d’horizontalité, avec ses travées rythmiques, inspirées par Bramante, faites de plein et de vide.

N’oubliez pas l’Orangerie et les écuries du Marquis de Louvois et si vous venez un dimanche, vers midi, l’affluence relative fera peut-être de vous un visiteur privilégié.

Le temps d’un tournage, j’ai pu visiter les combles du château, à l’occasion d’une autre visite beaucoup plus ludique et ils valent pareillement le détour. Pour des raisons de sécurité évidentes, ces derniers ne sont pas ouverts au public. Un superbe château que la demeure des Louvois et des Clermont-Tonnerre !

Toutes les informations se trouvent ici pour une visite réussie (avec brochure)

Site du château d'Ancy-le-Franc
Site du château d’Ancy-le-Franc

CHÂTEAU D’ANCY-LE-FRANC 89160 Ancy-le-Franc

Toutes les images ou vidéos qui ne sont pas de ma production vous emmènent directement vers leur site hébergeur par simple clic. Une occasion supplémentaire d’être curieux et d’en apprendre bien davantage sur le sujet traité ici!

3 réflexions sur “Le château d’Ancy-le-Franc

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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