Le Saint Suaire à Chambéry

Le nerf Curial

C’est à l’occasion d’une jolie visite de la non moins accueillante ville de Chambéry, que j’ai eu l’opportunité de traîner mes guêtres à la Préfecture située dans l’enceinte du Château des ducs de Savoie. Depuis 1860 et l’Annexion à la France, il s’agit d’un bâtiment public original, où soixante-dix cloches ponctuent également et agréablement les travaux du Conseil départemental et de l’Académie de Savoie.

Loin de moi l’idée de vous la jouer Monsieur Patrimoine, la place étant déjà prise et la littérature abondante sur le sujet, mais à l’issue d’une printanière balade guidée, je suis tombé sur l’objet rare. Habitué des six tibias de Saint-Machin et des fémurs innombrables de Sainte Bidule, qui devaient bénéficier tous deux d’une carte de fidélité chez Sarenza avec leur drôle de dégaine due à autant de calcium accumulé, le Saint Suaire ne pouvait me laisser de marbre.

Déjà, tu économises un voyage à Turin puisque la Juve on peut la voir à la télé, des Fiat tu en as plein les rues et que le Martini est en vente libre. Ce n’est pas le tout de construire un palais au début du XVe s., mais les proprios se trouvèrent bien à la peine pour meubler l’affaire et attirer le chaland. En 1453, bien avant que Pierre Bellemare  ne ramène le télé-achat d’une croisade cathodique, ils ont l’idée du siècle : acheter la relique la plus importante de la chrétienté. Un drap blanc de 4.30 mètres sur 1.10 mètre qui t’aurait fait saliver la Mère Denis. Élevé au rang de Sainte Chapelle, l’édifice abritera désormais le linceul du Christ.

saint-suaire

Le succès est fulgurant ! La foule nombreuse se presse, mais un mégot de Gitane sans filtre mal éteint faillit porter le coup fatal au Suaire en 1532. Par la suite, à l’occasion d’un déménagement de la Cour, l’étoffe se trimbale jusqu’à Turin et la Maison de Savoie en perdra la propriété au profit de l’Église en 1983. En 2014, pas rancunier qu’on lui ait rendu sa p’tite laine en partie brûlée, l’Archevêque de Turin remet deux copies du précieux linge à la ville de Chambéry, l’une pour la cathédrale et l’autre pour la Sainte-Chapelle.

Certes, une datation au carbone 14 place le tissu plus près de Barbès que de Jérusalem, style fin XIIIe-début XIVe s., mais un détail pourtant reste à jamais surprenant. Les traces de brûlures sur le linceul remontent bien à l’incendie de 1532 et elles sont parfaitement visibles sur les reproductions comme sur l’original !

saintsuairechambery

Visiter la Sainte Chapelle de Chambéry, c’est aussi l’occasion de délivrer deux mentions particulières. L’une pour le travail extraordinairement-toujours-aussi-bluffant du peintre piémontais Casimir Vicario qui est le créateur d’un trompe-l’œil magnifique. Voyez l’affaire :

Plafond de la Sainte-Chapelle de Chambéry

L’autre concerne la rénovation mobilière de l’édifice. Et c’est pas Chenonceau ni Fontainebleau ! Le cabinet d’architecture a choisi de confier cette fourniture à des créateurs de mobilier contemporain et, entre nous, il faut s’y faire :

Mobilier Sainte Chapelle

Chambéry étant le « petit Turin » de Savoie, je vous invite à profiter des ruelles typiques, du quartier Curial, de sa fontaine des « quatre-sans-cul » et de nombreux espaces contemporains qui ont dernièrement modernisé cette ville étudiante.Une excellente idée de week-end et de visite !

Image à la Une : Wikipedia

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